Clarification de la capsule « Tolérer l’intolérable? Partie 1 »

C’est un plaisir d’écrire pour vous chaque mois et de constater que nos capsules suscitent votre intérêt et alimentent vos réflexions. Dans la dernière capsule de novembre «Tolérer l’intolérable» nous avons reçu des commentaires reflétant des questionnements. Prenant en considération vos avis, nous tenons à apporter quelques clarifications afin de s’assurer que nos propos soient bien interprétés.

Le coeur du sujet de cette capsule est en lien UNIQUEMENT avec des comportements inacceptables reliés à de l’agressivité physique impliquant une ou d’autres personnes (gestes violents tels que mordre, frapper, taper, pousser, lancer des objets en direction d’une personne…). C’est aux adultes (parents, éducatrices ou professeurs) qu’appartient le rôle d’ASSURER la SÉCURITÉ des enfants et des lieux. C’est pourquoi  les comportements mentionnés précédemment, doivent être pris au sérieux dès leur apparition et ne peuvent pas être banalisés par différentes excuses (fatigue, jeune âge, excitation, visite à la maison…). Ex. la première fois que le bambin de 18 mois gifle un parent, bien sûr ce n’est pas un retrait immédiat! Il faut savoir utiliser son jugement. Par contre, l’adulte devra immédiatement démontrer par son visage et son ton de voix que ce comportement n’est pas adapté (pas de zone grise ni de nonchalance parce qu’il est «tout mignon et adorable»). Tout le volet «prévention» (clé du succès) sera détaillé dans la prochaine capsule de décembre.

Dans ces cas de comportements agressifs, effectivement, nous évitons de recommander des gestes réparateurs. Pourquoi? Parce que l’enfant doit apprendre par les adultes qui le «coach» non pas à «comment puis-je réparer un geste qui fait mal à autrui»,  mais plutôt à intégrer que ces comportements sont et seront toujours interdits en société (la légitime défense est un autre sujet) et qu’il existe des solutions pacifiques de rechange. De plus, les fameuses réparations de gestes proposées par les adultes comme faire tenir une débarbouillette sur le bras d’un enfant mordu au sang par celui qui a croqué 5 minutes auparavant ou encore faire une «petite douceur» après avoir tapé, tiennent-elles compte de l’état émotionnel dans lequel se trouve la «victime»? Non. Il faut respecter le temps nécessaire où la personne agressée sera prête ou pas à reprendre contact avec l’autre enfant. Reprendre contact ce n’est pas réparer l’agression commise… c’est s’excuser (volontairement sans se débarrasser) et mentionner ce qu’il faudra faire à l’avenir ex. la prochaine fois je vais te demander le jouet au lieu de te pousser (selon les capacités verbales de l’enfant). L’adulte accompagne au besoin les deux enfants et sert de médiateur afin que chacun s’exprime et se sente mieux par la suite. Lorsque nous parlons d’aucun «retour» suite à la situation, nous faisons référence à la discussion moralisatrice qui offre de l’attention et qui n’apporte aucune piste de solution ex. tu sais, je n’aime pas ça quand tu fais cela… ce n’est pas gentil… tes parents vont être fâchés et déçus…  En échange, reparler avec l’enfant après son «temps d’arrêt» des solutions souvent discutées au quotidien l’aidera à faire les liens.

Dans TOUTES les autres situations non reliées à l’agressivité physique envers d’autres personnes, OUI nous préconisons la réparation de gestes (ex. un ami qui défait la tour de blocs, qui «barbouille» le dessin de l’autre, qui renverse un bac de jouets au sol…). Ce sont des gestes réalisés sous le coup de la colère (impulsivité normale, car l’enfant est en apprentissage). Graduellement, il apprendra par l’accompagnement de l’adulte à reconnaitre et gérer ses émotions ainsi qu’à s’exprimer davantage verbalement lors de conflits. Ces recommandations ne sont pas nées de nous, mais bien suite à des formations du programme SAEM (service d’aide à l’enfant et son milieu) offertes par 2 personnes psycho éducatrices (Diane Cantin et Thérèse Paradis). En effet, ces deux dames possédant une large et riche expertise auprès de la petite enfance, des adolescents et des adultes nous ont fait voir le continuum lorsqu’on apprend aux enfants à réparer leurs gestes reliés à l’agressivité.

Nous espérons que cela vous apportera un autre côté de la médaille à explorer. Continuez de nous écrire, c’est apprécié! Regardez Vers l’Avant!

Tolérer l’intolérable? Partie 1

Aujourd’hui, c’est le troisième anniversaire de Jacob. Tout est en place pour vivre une journée inoubliable: sa famille entière, un clown comme invité spécial, plusieurs amis, des cadeaux et un énorme gâteau chocolaté! Pourtant, la réception s’est déroulée d’une tout autre façon… Pendant le spectacle, Jacob disait des «mots de toilette» et dérangeait son frère captivé par l’animation du clown. Au moment du repas, il a tapé deux fois son papa parce qu’il lui demandait de rester assis en compagnie des autres. Pour compléter sa fête, il a mordu un copain qui explorait l’un de ses nombreux cadeaux déballés. C’est avec la gorge serrée que ses parents ont ramassé la maison en fin de journée… Ce petit garçon qui sait être si adorable, charmant et intelligent maîtrise aussi l’art de tester les limites quant aux attitudes et comportements inacceptables.

Il est fréquent d’observer dès leur jeune âge plusieurs bambins explorer le chemin des agressions physiques. À travers cette découverte, le rôle d’apprendre la distinction entre les comportements permis versus interdits appartient totalement aux adultes. En effet, les comportements reprochables ne se volatilisent pas simplement parce que l’enfant vieillit. Selon la clarté du message verbal et non verbal, la conséquence immédiate et la constance, l’apprentissage de réactions adaptées aux situations s’effectuera rapidement ou lentement. Il faut intervenir fermement DÈS l’apparition d’un comportement inacceptable. Que ce soit une tape, une morsure, un coup de poing, une parole grossière… c’est intolérable à tout âge. Atténuer notre intervention parce qu’il est tout petit et mignon, parce qu’il est fatigué, parce qu’il y a de la visite… ne fait qu’ancrer le problème. Tôt ou tard, il faudra affronter la situation et instaurer des règles de vie socialement acceptables.

Soyez confiant et à l’aise dans vos interventions. Voici comment appliquer la «tolérance zéro».

  • Retirer l’enfant de son activité (arrêt d’agir) et le reconduire dans un endroit calme (pas ou peu de stimuli).
  • Lui dire d’un ton calme et ferme: « NON, c’est interdit de… ». Conserver ensuite le silence et s’éloigner, pas de négociations ou d’explications.
  • Laisser l’enfant se placer comme il veut pourvu qu’il demeure à l’endroit où vous l’avez reconduit (debout ou assis, mais sans chaise, car il pourrait la lancer ou la basculer au sol).
  • Si l’enfant refuse de rester en place : ­Demeurer CALME (ton de voix ferme, mais bas).
  • Constance : reconduire l’enfant à l’endroit désigné jusqu’à ce qu’il accepte d’y rester.
  • L’utilisation d’une minuterie ou d’un sablier peut être aidante pour situer l’enfant par rapport à au temps d’attente (1 minute environ par tranche d’âge). Si aucun marqueur de temps n’est utilisé, aller le chercher dès qu’il est calmé physiquement et silencieux. L’enfant comprendra que son retrait sera écourté s’il gère mieux ses émotions au fil du temps.

­Éviter de lui faire «réparer» son geste, car cela lui apprendra qu’un comportement interdit est «toléré» pourvu qu’on «l’efface» ensuite par une douceur. Éviter aussi de dialoguer et moraliser à propos de l’événement, car cela accorde de l’attention sur ce que l’on souhaite voir disparaître.

En résumé, soyez catégoriques, constants et rendez service aux enfants en ne tolérant plus l’intolérable! Regardez Vers l’Avant!

À la suite de la publication de cette capsule, plusieurs personnes nous ont écrit pour nous faire part de leurs questionnements. En réponse, nous vous invitions à consulter notre clarification sur cette capsule.

Consultez la seconde partie de cette capsule : « La prévention, une voie qui rapporte! ».